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CORRESPONDANCES GARE DE L'EST KABOUL - PARIS A 14 ANS

I N T R O D U C T I O N P H O T O G R A P H I E S L E G E N D E S C A R T O G R A P H I E

 

Canal Saint martin, Paris Xème.

Square Villemin, Paris Xème. Salman, un jeune exilé afghan de 14 ans ans, franchit les grilles du square pour y passer la nuit. 

Ahmad-Zia a 14 ans. Il a fui la guerre, la pauvreté, les conflits ethniques. Comme des milliers de jeunes afghans, il est arrivé en Europe seul, avec comme seul bagage un sac plastique, laissant ses proches et sa famille à 7000 km de là. La France n'est pas sa destination finale, il quittera Paris deux semaines après son arrivée pour tenter sa chance plus au nord. En Angleterre, le travail illégal semble plus facile. Dans les pays scandinaves, les conditions d’accueil semblent plus favorables. En France, l'avenir est trop incertain. 

Les exilés afghans se rassemblent par dizaines tous les soirs place Colonel Fabien (Xème). Un service de bus nommé Atlas, géré par des associations et financé par l’état, emmène les plus chanceux vers le centre d’hébergement d’urgence de nuit Sonacotra de la « Boulangerie » (XVIIIème). La sélection est difficile. Légalement tenus de les dissocier des majeurs dans toute filière d’accueil, le personnel du bus refuse les mineurs. Le dispositif d’état qui leur est dédié par ailleurs est sous-dimensionné et peu de places se libèrent chaque jour. De nombreux mineurs sont donc contraints à trouver un abri de fortune pour passer la nuit.

Ali-Reza, 15 ans, se dirige vers le square Villemin (Xème) pour dormir, après avoir essuyé un refus d’accès au bus Atlas. Souhaitant s’inscrire sur la liste d’attente pour la nuit suivante, il a été sorti de la file, sa petite taille laissant penser qu’il était mineur. Plus que les critères de sélection subjectifs pouvant entrainer des tensions, c’est l’impasse dans laquelle se trouvent les mineurs au moment de trouver un toit pour passer la nuit qui pose problème.

De jeunes afghans vont dormir au square Villemin, près du canal Saint Martin (Xème), après la recherche infructueuse d’un hébergement place Colonel Fabien. Certains ont tout de même réussi à obtenir un des sacs de couchage distribués au compte-goutte par l’ONG « Les exilés du Xème ». Le 28 décembre, à trois jours du réveillon du nouvel an en France, 25 mineurs isolés afghans dormaient dehors, par -8°C. Un plan grand froid a été mis sur pied le lendemain, permettant à chacun de trouver un refuge pour la nuit. Cependant ce type de solution reste provisoire et inadapté.

Il est 21h30, comme tous les jardins de la Mairie de Paris, le square est fermé depuis la tombée de la nuit. Ahmad, 15 ans, doit franchir plusieurs barrières pour y accéder.

Ali-Reza s’est glissé sous la couverture de Madjid, à l'abri du kiosque à musique du jardin. En août 2008, de violentes incursions de la police ont eu lieu plusieurs jours de suite au milieu de la nuit, destinées à faire fuir les migrants à l’aide de gaz anti-émeute. Aucun événement particulier ces jours-là ne peut expliquer ces actes, mis à part une réponse de l’état suite à la lettre ouverte du Maire de Paris, Bertrand Delanoë, demandant à la ministre du logement, Christine Boutin, d’augmenter les capacités d’accueil des migrants du Xème arrondissement.

Feu de camp au square Villemin fin octobre 2008. Hossein, 17 ans, passera une nouvelle nuit ici, faute de mieux.

La communauté afghane à Paris se retrouve la journée au square Villemin pour discuter ou participer aux parties de foot amicales. Les jeunes français du quartier se joignent régulièrement à eux.

Ali-Reza, 15 ans, présente sa taskera. Ce document d'identité afghan est de plus en plus utilisé par le juge des enfants pour déterminer leur âge et accorder une prise en charge par l'Aide Sociale à l'Enfance.  Les expertises d'âge, basées sur des examens osseux inadaptés, présentent une incertitude d'environ 18 mois pour les jeunes de 16 à 18 ans. Le Code Civil stipule par ailleurs que les documents d'état civil établis à l'étranger font l'objet d'une présomption d'authenticité. La taskera n'assure cependant pas forcément une mise à l'abri, première étape nécessaire à la prise en charge, faute de place dans ce dispositif.

Le square ferme. Direction la place Colonel Fabien.

Place Colonel Fabien, 21h30, de jeunes afghans se sont vus refuser l’accès au bus Atlas à cause de leur âge. Le dernier bus est parti, ils se regroupent autour des animateurs sociaux de France Terre d’Asile pour tenter d’obtenir un lit dans le dispositif d’état qui leur est réservé. Ce soir là, aucune place n’est disponible.

Ali-Reza et Ahmad rentrent dormir dans le square Villemin après sa fermeture.

Un groupe de jeunes afghans discute au bord du canal St Martin.

Mis en place à Paris par la DDASS au cours de l’hiver 2007, le dispositif de mise à l'abri d’urgence des mineurs isolés étrangers s’est pérennisé devant l’afflux constant de jeunes migrants en provenance d’Afghanistan. L’association France Terre d’Asile gère le repérage et l’hébergement à l’hôtel de 50 jeunes, pour la grande majorité afghans. Depuis janvier 2009, vingt lits supplémentaires sont financés par la mairie de Paris. Ce soir là, aucune place n’est disponible, un mineur se voit remettre un plan pour passer à l'accueil de l'association le lendemain. S'il a de la chance, un autre enfant aura quitté l'hôtel vers un foyer ou vers un autre pays, libérant une place.

Une chambre à l'hôtel du dispositif d'hébergement d'urgence. Les jeunes peuvent rester plusieurs mois dans ce statut provisoire et attendre que leur dossier de prise en charge soit traité. Après plusieurs entretiens avec les services sociaux et le juge des enfants et si la minorité est reconnue, ils peuvent intégrer un foyer de l'Aide Sociale à l'Enfance ou une famille d'accueil. En 2008, sur les 700 mineurs isolés afghans repérés à Paris, seulement 53 seront pris en charge par l'Aide Sociale à l'Enfance.

Rappel des consignes du dispositif d'accueil d'urgence pour Ahmad-Zia, 14 ans, arrivé à Paris la veille.

Gholam Ali (à droite) et Assadolah regardent le match de foot France-Serbie sur une télé aux couleurs délavées trouvée dans la rue. Gholam Ali vivait jusqu'à fin 2007 avec sa famille et ses six frères et sœurs dans sa ville natale proche de la frontière pakistanaise. Son père, soldat du gouvernement afghan, subissait régulièrement le harcèlement physique des Talibans pour qu'il rejoigne leur camp. Contraint à fuir seul avec son petit frère à la suite d'une altercation particulièrement violente, Gholam Ali se réfugia au Pakistan mais perdit la trace de son jeune frère, pour qui il était parti en quête de nourriture. Après sept mois d'exil, Gholam-Ali espère, à 16 ans, reconstruire sa vie en France et se réjouit à l'idée que son frère puisse le retrouver grâce à une photo dans la presse. 

Hassan, 15 ans, a passé ses 14 premières années à Qarabagh, Afghanistan. Mis à l’abri à l’hôtel par le dispositif d’hébergement d’urgence de la DDASS après un exil de plusieurs mois, il quittera Paris un mois après son arrivée, en direction de l’Europe du nord.

Cours de français informel à l'hôtel. Comme tous enfants sur le sol français, les mineurs isolés étrangers de moins de 16 ans qui réussissent à être pris en charge doivent être scolarisés. Du fait de leur parcours, ces enfants sont en situation de rupture scolaire et un enseignement adapté leur est proposé. Au delà de 16 ans, peu de places sont disponibles pour eux. Souhaitant s'orienter vers des formations semi-professionnelles, il essuient souvent un refus de se voir délivrer une autorisation de travail par la Direction Départementale du Travail.

Mehdi n'a jamais connu son père. Il n'avait que 11 ans quand sa mère est décédée et qu'un ami de la famille l'a emmené travailler dans un atelier de tapis au Pakistan. Deux ans plus tard, il s'enfuit en Iran avec d'autres jeunes. Les conditions de vie en Iran pour les sans papiers sont difficiles, Mehdi ramassait des sacs plastiques pour les revendre et dormait dans les bidonvilles de la banlieue de Téhéran. Il tenta alors sa chance pour l'Europe. Après 6 mois de voyage et à 14 ans, il passe deux semaines à Paris avant de continuer son exil plus au nord.

Ali-Karam est Hazara. Persécutée par les hommes du parti de Massoud puis sous les Talibans, cette ethnie tente de se reconstruire mais reste soumise à de nombreuses discriminations en Afghanistan. Issu d'une famille très pauvre, Ali-Karam n'a pas eu accès à l'éducation. C'est son oncle qui insista pour qu'il parte travailler en Europe dans le but d'envoyer ensuite de l'argent à sa famille restée en Afghanistan. Comme beaucoup de jeunes dans sa situation, c'est donc vers l'Angleterre qu'il se dirigera, après trois semaines à Paris. Il n'a pas encore 15 ans.

Démonstration de l'atelier cirque, organisé par France Terre d'Asile et la MJC Mercœur (XI ème) avec les mineurs pris en charge dans le dispositif d'hébergement d'urgence. Trois semaines plus tard et après trois mois de démarche, Mossein pourra intégrer un foyer de l'aide sociale à l'enfance près de Toulouse. Né en 1992 après la chute du gouvernement sous contrôle soviétique, il a enchainé les petits boulots dès l'âge de 9 ans, alors que sa famille et lui s'étaient exilés en Iran après l'accession au pouvoir des Talibans. Ils retournèrent à Kaboul en 2004 pour reconstruire leur maison en ruine et Mossein trouva un travail dans une fabrique de mosaïque. Mais devant un avenir incertain, découragé par la guerre et les conflits ethniques qui ravagent toujours le pays, il prit la route pour l'Europe. S'en est suivi un parcours chaotique mais représentatif : traversée de l'Iran, 30h de marche dans les montagnes turques, retenu en otage par les passeurs le temps de récupérer l'argent, puis traversée vers les iles grecques en bateau pneumatique. Mossein travailla comme ouvrier pendant 5 mois à Athènes avant de rejoindre l'Italie, puis Paris.

Moeb, 17 ans, prend le micro pour chanter sur les tubes indiens du moment lors d'une soirée organisée par France Terre d'Asile et la MJC Mercœur pour les mineurs en attente de traitement de leur dossier par l'Aide sociale à l'Enfance. Déçu par les délais de procédures trop longs et face aux manque de visibilité sur son avenir en France à sa proche majorité, il quittera Paris 5 semaines plus tard pour aller rembourser ses dettes en travaillant en Angleterre ou en Norvège. Un jeune peut en théorie demander la nationalité française après trois ans de prise en charge par les services sociaux, chaque mineur arrivé en France après 15 ans n'a donc aucune certitude sur son avenir ici. La plupart des mineurs isolés afghans arrivés à Paris en 2008 avaient entre 16 et 17 ans.

Paris, le square Villemin ferme.

Hadi, 14 ans.

 

 

Prises de vues réalisées entre juin et décembre 2008. Certains prénoms ont été modifiés.

 

All content © Jérémie Souteyrat